La première verrerie de Saint-Léger a été fondée avant la Révolution française à l’emplacement de l’actuelle église. Au 19e siècle, de nouveaux locaux prennent place en face du barrage sur la Loire. L’entreprise, alors relancée par les frères Farge, est cependant rachetée par la Compagnie Schneider en 1869 qui la cède dix ans plus tard à la famille CLAMAMUS. Tout en se modernisant, la verrerie fabrique des bouteilles pour le vin dont le commerce est en plein essor. En 1898, 2,5 millions de bouteilles sont fabriquées par près de 200 ouvriers. Ils créent, en 1891, le premier syndicat ouvrier du canton. Après la Première Guerre Mondiale, la production baisse progressivement et s’arrête en 1931.

Sur la rive droite de la Loire, face au barrage, le site de la verrerie a été reconverti en complexe sportif. Il se compose d’un stade et de deux imposants bâtiments abritant le gymnase, des salles spécifiques d’activités sportives et un centre d’accueil. Les vestiges des anciens bâtiments de la verrerie sont reconnaissables à leurs contreforts.

TÉMOIGNAGE

Henri LABAT (1914-1996)
Écrit du début des années 1990 pour l’École de Saint-Léger-des-Vignes
Document aimablement prêté par son petit-fils Serge Adam en février 2006

« Madame BILLOUE, Monsieur BOURGOIN, Monsieur BERTIN, mes chers petits-enfants, 

C’est toujours avec un grand plaisir que je viens vers vous, à la demande de vos maîtres, discuter avec vous, en puisant dans mes souvenirs d’enfant. Lorsque j’avais votre âge, voilà déjà bien longtemps, j’ai usé mes fonds de culottes sur ces bancs.
Comme je vous le disais, aujourd’hui je viens vous parler d’une industrie qui faisait vivre en partie notre bon vieux pays de Saint Léger des Vignes.

Mon père, mon grand-père, mes oncles étant des verriers. Moi-même, quoi que n’ayant pas épousé ce métier mais ayant fait mon apprentissage à l’atelier de mécanique comme ajusteur, j’ai donc tout jeune connu cette usine de fond en comble, déjà par les récits de mon grand-père né en 1853, et de mon père né en 1888 qui, dès l’âge de 9 ans, orphelin de mère, commençait à travailler à porter les bouteilles, et qui, plus tard bien sûr, en suivant les échelons de ce dur métier, pénible entre tous, était devenu souffleur, la plus haute qualification dans ce genre de travail. 

Donc je rentre dans le vif du sujet : où se trouvait cette usine ? Comment fonctionnait cette industrie du verre ?
En premier lieu, par les dires de mon grand-père, la première usine était placée là où est actuellement l’école maternelle. D’ailleurs, aujourd’hui, cette rue se nomme la rue de La Verrerie. Mais moi, je n’ai pas connu, n’étant pas né à l’époque.
Ensuite, par modification et déjà par progrès, l’usine changera de place : elle s’élevait là où vous connaissez tous, ou à peu près tous, à la place actuelle du stade et salle de gymnastique du centre FRESNEAU. Là se construisaient deux fours, c’est à dire deux usines : dans une, si vous voulez, les vrais verriers qui confectionnaient les bouteilles à la main, et le deuxième four les verriers qui eux travaillaient déjà avec des machines.

Nous allons parler déjà des ancêtres les maîtres verriers, ceux qui nous intéressent à mon sens le plus car au passage, je vous l’expliquerai tout à l’heure, ces bouteilles faites à la main étaient à l’époque les plus solides car j’oubliais de vous le dire : ces verriers à la main confectionnaient que des bouteilles de champagne, on les nommait les champenois.

Comment était fait un four à fondre le verre ?

Figurez-vous une grosse maison toute ronde qui ferait environ 40 à 50 mètres de diamètre et 5 mètres de haut, construite en briques réfractaires, dotée d’une couverture voûtée également faite avec le même matériau, le tout ressemblant à une énorme citrouille.

Par le devant du four par moitié, une terrasse élevée à peu près à 1 mètre de hauteur du sol sur environ 3 mètres de largeur, c’est là que travaillaient les verriers. Sur cette demi partie du four, 8 petites ouvertures étaient à égale distance percées dans ce four, c’est là que le verrier puisait le verre en fusion, cela s’appelait les ouvreaux, en forme d’ogive, hauteur 50 centimètres sur 30 centimètres.

Chaque poste de travail étant divisé en huit parties, comme je vous l’ai dit, se nommait « la place ». Sur cette petite terrasse à hauteur d’homme, un marbre en fonte d’environ 80 centimètres au carré était fixé. A côté, un baquet d’eau (un mètre par un mètre) servait à refroidir les canes car, par place, les verriers étaient au nombre de trois et puisaient le verre avec un tube d’acier de 2 mètres 50 de longueur avec un diamètre d’environ 2 centimètres appelé cane.  

Le premier commençait à chauffer les canes : on l’appelait le cueilleur ou gamin. Une première fois, il plongeait dans le four par l’ouvreau la cane d’où il sortait une boule de verre en fusion et la transportait au-dessus de sa tête, si l’on peut dire, jusqu’au baquet d’eau pour refroidir, comme je vous l’ai dit, le haut de cette cane.

Un deuxième verrier reprenait celle-ci et replongeait une deuxième fois dans le four et en ramenait une grosse boule comme un gros sucre d’orge qu’il transportait également au baquet d’eau afin de refroidir la cane. Il la passait, en étirant cette grosse boule de verre, dans une espèce de fourche également en fonte, et puis commençait à souffler à l’autre extrémité de la cane, bien sûr, afin de percer cette grosse boule qui s’étirait sous les impulsions données par ce verrier sur le marbre dont je vous avais parlé et commençait à rétrécir pour confectionner le col de la bouteille. De là, il lançait avec une adresse extraordinaire ce commencement de bouteille à travers l’ouvreau pour ramollir le verre qui commençait à durcir, et ressortait le tout avec la même adresse. Ce deuxième verrier se nommait le Grand Garçon.  

Aussitôt le troisième verrier reprenait le tout et soufflait la bouteille une fois à nouveau sur un marbre, et dans un creuset en terre, ensuite dans un moule en fonte que le verrier fermait en appuyant sur une pédale mue par un système de fermeture. Le verrier en soufflant tournait la cane donc la bouteille, il enlevait la bouteille qui était encore de couleur rouge, et à ce moment posait horizontalement cette bouteille sur un petit appareil qui glaçait le col de la bouteille et, d’un petit coup sec sur la cane, celle-ci se séparait de celle-là. Le verrier jetait la cane encore souillée de résidus de verre et attrapait un appareil tendu par le porteur qui se nommait en terme de verrier le sabot : c’était comme un cylindre creux aménagé à l’extrémité d’un tube de la longueur d’une cane.

Donc le verrier qui se nommait le souffleur attrapait la bouteille dans ce sabot, il restait à former l’embouchure de celle-ci. Il remettait le col de la bouteille à l’ouvreau et cueillait une petite coulée de verre avec une petite tige d’acier dans le four en tournant la bouteille. Cette petite coulée de verre en fusion venait se souder au col de cette bouteille, et aussitôt l’ouvrier enlevait sabot et bouteille et déposait le tout sur un chevalet qu’on appelait mécanique, cela étant monté sur quatre galets. De sa main gauche, le verrier faisait tourner le sabot sur ces galets et, de sa main droite, il avançait un petit appareil coulissant qui était muni d’un mandrin évidé qui perçait le tout en le façonnant avec des galets de forme.

Le goulot de la bouteille était fait, celle-ci était finie, mais pratiquement le travail ne s’arrêtait pas là car cette bouteille était emportée le plus vite possible par des jeunes, qui commençaient leur métier en étant porteurs, dans des fours aménagés chauffés au bois sec et empilée dans ces fours par des gens armés de longues fourches à deux dents, coulissant sur un galet, ce qui permettait de prendre une fois la bouteille d’un sens et une autre fois, la rangée finie, de recommencer à empiler dans le sens contraire.

Ces petits fours s’appelaient les fourneaux, donc ces bouteilles refroidissaient avec une chaleur dégressive ; sans cela, le verre au contact de l’air éclatait, elles étaient donc recuites dans ces fours uniquement chauffés au bois sec. Lorsque les bouteilles étaient au bout de plusieurs jours refroidis, elles étaient sorties de ces fours, emmenées dans de grandes brouettes aménagées à cet effet dans les magasins où elles étaient contrôlées soit par leur forme ou par leur contenance, une marge étant respectée. De là, elles s’en allaient dans des cadres ou containers par wagons dans les caves de champagne se faire remplir de ce vin réputé dans le monde entier. La fleur de ce vin, si l’on peut dire, était mise en bouteilles que dans celles de fabrication main et envoyées en Amérique. 

J’en reviens aux verriers : leurs gestes étaient tellement minutés que les canes s’entrecroisaient d’une façon parfaite. Ces hommes, qui peinaient tant, recevaient parfois des jets de verre en fusion, ce qui les blessait assez souvent, travaillant le torse nu, en savates en semelle de corde, toujours avec une culotte bleue et un turban autour du ventre, ce qui leur soutenait le dos.

Le four n’arrêtait jamais, aussi travaillaient-ils en trois équipes. Le lundi matin commençait le travail à 2 heures jusqu’à 10 heures, là une autre équipe suivait jusqu’à 18 heures, et ensuite la troisième équipe reprenait jusqu’à 2 heures du matin et ainsi de suite jusqu’au dimanche, et là les équipes changeaient à tour de rôle.  

Toute cette activité était suivie par d’autres métiers qui entraient en jeu pour l’entretien, il y avait des maçons, des charrons, des menuisiers, des forgerons, des mécaniciens, des électriciens. L’alimentation du four se faisait par le gaz de charbon, d’énormes chambres à gaz envoyaient par de vastes conduits ce gaz qui s’enflammait à l’arrivée du four.

Pour fondre les matériaux pour fabriquer ce verre liquide, il fallait chauffer jusqu’à 2000 degrés, tout un tas de matériaux était tiré de la terre, comme la marne, substance jaunâtre, qui était tirée d’une mine à VERNEUIL (58), du kaolin, sable blanc comme de la neige, qui était tiré sur la colline du BOIS BOURGEOT à DECIZE (58). Le sable indispensable était tiré de la Loire dans de grands bateaux appelés gabarots (petit bateau d’accompagnement des gabarres, non ponté, gréé d’un mât placé au milieu de l’embarcation et d’une voile. On dit aussi gabarotte.), les hommes lançaient une grande pelle percée de trous avec un long manche en bois et ramenaient le sable. Tout ceci était acheminé par bateaux et déchargé avec des brouettes au bord du canal à SAINT LEGER DES VIGNES.

Tous ces matériaux étaient à nouveau repris à la pelle en de gros chariots à chevaux et montaient jusqu’à ce que l’on appelait la tamiserie où tous les mélanges et séchages étaient faits. Ensuite, des petits ânes avec tombereaux faisaient la navette pour alimenter les fours de tous ces produits au fond du four. Au fur et à mesure que les verriers prenaient du verre, il était remplacé : trois hommes remplissaient un énorme godet qui était glissé et renversé dans le four. Le charbon nécessaire pour l’alimentation du gaz était pris aux mines de LA MACHINE par camions (…) 

(…) Les verriers à l’époque, en 1925, avaient un gain d’environ 30 à 40 francs par jour. Par poste de travail chaque place, chaque équipe soufflait 380 à 400 bouteilles par jour et les demies champagnes sortaient à raison de 510 par place.

Ce travail était très pénible. Au milieu du poste de travail, les ouvriers s’arrêtaient pour casser la croûte pendant 20 minutes, ils avaient de petits paniers en osier avec un abattant de chaque côté, c’était caractéristique à leur vie, ce laps de temps s’appelait la braise. 

Tous les ans, de sérieuses réparations étaient obligatoires. On faisait un grand caniveau en briques réfractaires, de gros tas de sable environnaient ce qui allait se vider du four, et les maçons défonçaient une espèce de trappe d’où le verre en fusion s’échappait en un gros pain énorme comme un sucre d’orge. Cela s’appelait la coulée. Lorsque le tout était refroidi, les blocs de verre étaient cassés et emmenés à la décharge, donc c’était le four mort.  

Pendant ce temps, c’est à dire environ deux mois, les ouvriers s’acheminaient pour travailler soit à l’aciérie d’IMPHY, soit à l’usine à plâtre, soit dans les différentes scieries de la région, avec l’accord de leur patron, Monsieur de BURINE, qui était par alliance devenu le maître verrier, étant marié avec une demoiselle CLAMAMUS. Si vous regardez sur la face du château sur la place, vous verrez un grand écusson avec deux initiales entrecroisées, un C et un B, cela veut dire CLAMAMUS-BOUTET. 

Je vous parlerai juste un petit mot avant de terminer : le deuxième four était à quelque chose près comme celui dont je vous ai détaillé, quoiqu’un peu plus grand.

La seule différence, c’est qu’il n’y avait qu’un ouvrier sur chaque poste de travail que l’on appelait cueilleur. Il plongeait une cane dans le four et alimentait deux machines en remplissant les moules de chacune. Le verre était coupé avec de gros ciseaux. Lorsque le moule était plein, les bouteilles étaient gonflées à l’air comprimé, mais n’étaient pas aussi solides que les bouteilles faites à la main, elles ne supportaient pas la pression que l’on demandait aux autres. Ces bouteilles étaient évidemment recuites aussi, mais pas de la même manière : elles étaient empilées toutes rouges aussi sur une espèce de grande chaîne sans fin qui avait environ 80 mètres de long et 3 mètres de large, et tout ceci était chauffé au gaz de charbon, puis refroidies progressivement. A l’autre bout de cette chaîne, qui se nommait ferrasse, était le magasin pour triage des bouteilles Ce four en question comprenait onze places donc 22 machines.

Voilà je pense ne pas avoir oublié dans mes souvenirs tout ce que je vous ai parlé : le patron des verriers était Saint Laurent, ils le fêtaient tous les ans et tout ceci jusqu’en 1931 où la déchéance des verreries est survenue par un chômage terrible.

Monsieur de BURINE s’étant associé avec les CHARBONNEAU de Reims, grands patrons champenois, ceci marchait bien pendant quelques années, et comme le régime sec, la prohibition chez les Américains, les alcools étant défendus, et ce pays étant à l’époque le plus grand consommateur de bon et excellent champagne, avec la crise internationale aidant, les verreries ont trouvé la mort en cette année-là, entraînant la débauche d’environ 650 ouvriers dans toute la région.  

Un chômage affreux s’installa, laissant les gens sans aucun secours, sans rien après avoir tout donné, leur peine, leur sueur, et parfois leur vie.

C’était mes parents, c’était mes amis, c’était la grande famille fraternelle, je les aimais et je voudrais vous dire, mes petits-enfants, qu’ils ont bien contribué à une nouvelle vie dont vous êtes un peu les profiteurs, et ce que je vous souhaite à tous, c’est que tous ces sacrifices de dur labeur dont je suis venu vous entretenir vous soient profitables dans une prochaine ère de bonheur. »

DE LA VERRERIE DE SAINT-LÉGER AU CENTRE FRESNEAU

La première Verrerie de Saint-Léger a été fondée avant la Révolution Française. La Verrerie Royale s’implante à la place où se trouve actuellement l’école maternelle. Sa position était idéale, le port pour le transport de la marchandise étant à proximité, de même que le charbon pour alimenter les fours, et le sable, un des principaux matériaux entrant dans la composition du verre, se trouvant à volonté dans La Loire.

Il fallait maintenant faire venir une main d’œuvre qualifiée pour la faire fonctionner.

Pour être souffleur de bouteilles, il faut avoir commencé dans la profession depuis le plus jeune âge : comme porteur ou gamin vers 8 ou 9 ans, puis ensuite comme grand garçon vers 14 ans et plus – certains resteront grand garçon pendant toute leur carrière – et puis la consécration dans le métier comme souffleur.

Les ouvriers seront recrutés dans plusieurs verreries de France, en particulier celle de Givors (69). La plupart de ces maîtres verriers sont des descendants de familles allemandes, autrichiennes et suisses installées dans une grande partie Est de la France.

Cette première Verrerie est dirigée en 1785 par le sieur Piéton, puis au début du XIXe siècle par les frères Farge, les sieurs MOZER et GODARD ; elle ferme en novembre 1840.

Une nouvelle Verrerie est construite en 1838 par la Compagnie des Mines de La Machine, sur l’emplacement actuel du complexe sportif du Centre Fresneau. Elle est rachetée par la Compagnie Schneider en 1869 qui en confie la gestion, dix ans plus tard, à la famille CLAMAMUS.

Début des années 1900 : Monsieur CLAMARUS décède, sa femme reprend la verrerie et nomme son gendre, le Docteur DE BURINE, directeur. La Compagnie Schneider en est toujours propriétaire.

Cette nouvelle verrerie va entraîner l’arrivée de nouvelles familles et de ce fait augmenter considérablement le nombre d’habitants du village : 400 personnes en plus en 7 ans !

En 1883, 130 personnes travaillent à la verrerie : 106 hommes, 19 enfants et 5 femmes.  

Relevés démographiques :

  • Année 1801 = 702 habitants
  • Année 1806 = 598 habitants
  • Année 1831 = 790 habitants
  • Année 1838 = 1189 habitants
  • Année 1841 = 1254 habitants

Elle se modernise et profite de l’augmentation du commerce des vins. Elle fabrique des bouteilles pour le champagne, pour le bordeaux. Une carte postale représente le déchargement à Epernay d’une péniche provenant de Saint-Léger. En 1898, la Verrerie produit 2,5 millions de bouteilles. Elle emploie près de deux cents ouvriers, qui ont fondé en 1891 le premier syndicat ouvrier du canton.

LA FAMILLE CLAMAMUS

Gilbert Antoine CLAMAMUS, né à Saint-Léger le 5 mars 1851, était le fils d’Antoine CLAMAMUS, journalier, et de Jeanne BOUGNAT (ou BOUGNIAT), mariés à Saint-Léger en 1833. Il est possible de remonter encore trois générations à Saint-Léger ou dans les environs. Les parents d’Antoine se nommaient Etienne CLAMAMUS, lui aussi journalier, et Jeanne COMMAILLE (famille de commerçants en charbons). Les parents d’Etienne, Jean CLAMAMUS et Benoîte AUDIN, se sont mariés en 1776 à Neuville-lès-Decize. Blaise, le père de Jean CLAMAMUS, avait épousé Françoise LARGE.

Né en 1879 à Saint-Léger-des-Vignes, Jean-Marie CLAMAMUS était le fils de Gilbert Antoine CLAMAMUS, âgé alors de 28 ans, cafetier au bourg de Saint-Léger, et d’Anne MOREAU, 24 ans. Le couple avait déjà donné naissance à une fille, Caroline, décédée en bas âge. Veuf quelques années plus tard, Gilbert Antoine, dit Jules CLAMAMUS, s’est remarié en 1883 avec Marie GROS, elle aussi veuve. A ce moment-là, Gilbert Antoine CLAMAMUS était employé de chemin de fer.

D’autres branches de la famille CLAMAMUS ont vécu à Saint-Léger, Decize, La Machine et dans des villages voisins. Deux fils d’Antoine CLAMAMUS et de Jeanne BOUGNAT ont réussi une ascension sociale exceptionnelle. Jean-Michel (1848-1897) exerçait l’emploi de comptable à la Verrerie de Saint-Léger. Son frère Jean-Marie (né en 1859) était secrétaire de la sous-inspection des Forges du Centre lorsqu’il a épousé Anne-Marie CARRÉ.

La Verrerie appartenait alors à la Compagnie Schneider. En 1879 (année de naissance de l’autre Jean-Marie CLAMAMUS) SCHNEIDER céda la Verrerie à Jean-Michel CLAMAMUS. Celui-ci avait deux enfants, Charles-Antoine (mort célibataire à 30 ans, en 1901), et Anne-Louise (née en 1874), qui épousa le docteur DE BURINE, médecin-major du 13e R.I., en garnison à Decize. Par cette alliance, la Verrerie devint la propriété de la famille DE BURINE, jusqu’à la Première Guerre mondiale. La Verrerie de Saint-Léger était alors l’usine de repli des Verreries Champenoises Charbonneaux ; toutes les deux fabriquaient des bouteilles pour le champagne. Les deux entreprises fusionnèrent en 1918. En 1931, la société passa dans le groupe Souchon et Neuvesel, qui décida la fermeture de la Verrerie de Saint-Léger.

L’homme politique Jean-Marie CLAMAMUS, maire de Bobigny, était le fils de Gilbert Antoine CLAMAMUS et Anne MOREAU ; c’était aussi le neveu de Jean-Michel CLAMAMUS, responsable de la Verrerie.

Le château de la Guédine, ancien château de la direction des verreries.

On raconte qu’il a été payé avec les bouteilles présentant un défaut qui, non payées aux ouvriers, étaient revendues la moitié de leur prix. Les employés des verreries revendiqueront souventes fois et le rebaptiseront « le château des Casses ».

Il a été construit pour le docteur DE BURINE. Sur un mur, on trouve une sorte de blason avec les deux initiales entrecroisées B pour DE BURINE et C pour CLAMAMUS.

LA VERRERIE DE SAINT-LÉGER EST ABSORBÉE PAR LES VERRERIES CHAMPENOISES

Pendant la Première Guerre Mondiale, de nombreux ouvriers verriers réfugiés de la région de Reims travaillent à la Verrerie de Saint-Léger. L’entreprise est ensuite reprise par les Verreries Champenoises.
Pol CHARBONNEAUX a fondé sa première usine en 1870 au lieu-dit Pont-Huon, à Reims. En 1892, avec quatre fours Siemens, l’usine CHARBONNEAUX est l’une des mieux équipées de France.

Elle construit des isolateurs électriques en verre pressé-moulé et surtout des bouteilles champenoises (verre épais capable de résister à une pression importante).

En 1907, la verrerie emploie 1198 personnes et produit 12 à 13 millions de champenoises.
Emile CHARBONNEAUX (1863-1947), neveu de Pol, dirige l’entreprise à partir du début du XXe siècle. Il la modernise, bâtit une cité de logements pour ses ouvriers. Pendant la Première Guerre mondiale, la ville de Reims est assiégée.

La verrerie CHARBONNEAUX continue ses activités, malgré l’évacuation d’une partie de son personnel. Emile CHARBONNEAUX s’associe avec les dirigeants de la Verrerie de Saint-Léger-des-Vignes, afin d’alimenter le sud de la France en bouteilles.
Après 1918, l’usine de Reims est reconstruite, la production est automatisée.

LA FIN DE LA VERRERIE ET LA DIFFICILE RECONVERSION DES VERRIERS DE SAINT-LÉGER

À partir de 1925, il y a de nombreux arrêts de fabrication : le vin se vend mal. La verrerie se modernise toutefois : on fabrique les bouteilles semi mécaniquement. Toutefois, les anciens souffleurs ont conservé le soufflage traditionnel à la bouche.

Rien n’y fait : la crise des années 1930 arrive et la prohibition aux Etats-Unis n’arrange pas les affaires des vignerons et des petites verreries.

La verrerie CHARBONNEAUX à Reims est devenue importante et, qui plus est, bien mieux placée puisque située à côté des caves des vignerons de Champagne. Les gros mangent les petits…

En 1931, Emile CHARBONNEAUX s’allie au groupe Souchon et Neuvesel (devenu ensuite B.S.N.) et les nouveaux dirigeants décident de fermer l’usine de Saint-Léger, trop excentrée par rapport à leurs clients et trop archaïque, après 150 ans de fonctionnement.

La fermeture est effective le 30 novembre 1931. 320 ouvriers (dont 45 étrangers) et 45 ouvrières sont licenciés. Seuls restent 15 ouvriers et employés chargés de l’entretien et de l’expédition des derniers stocks de bouteilles.
Désormais, il y a plus de 150 chômeurs dans la commune de Saint-Léger, qui ne compte alors que 1780 habitants. Le maire de Saint-Léger Alexandre NOURRY, le nouveau député Georges POTUT et le préfet cherchent des possibilités de réemploi.

L’ABANDON DES LOCAUX

Pendant une dizaine d’années, les locaux sont abandonnés.
Cependant un projet d’installation d’une usine d’engrais de la Société L’Azote est proposé à la municipalité en 1939. L’enquête de commodo vel incommodo révèle une forte opposition des riverains. Puis vient la guerre, pendant laquelle, d’après les souvenirs de plusieurs Léogartiens, un incendie détruit une partie des locaux.

LES DERNIERS LOGEMENTS DE VERRIERS ET LES CHÂTEAUX DES DIRECTEURS

À Saint-Léger-des-Vignes, deux séries de bâtiments liés aux deux verreries successives subsistent. Le long de la route de La Machine, d’anciens logements de verriers et le petit château, résidence des premiers directeurs. Un peu plus haut, le château de la Guédine, bâti par la famille CLAMAMUS.
Face à la seconde verrerie, entre la route de Nevers et la Loire, une série de cinq maisons basses, de deux appartements chacune, logeaient jusqu’en 1932 les verriers et leurs familles. Certaines maisons ont été réaménagées.

L’ENTREPRISE GOODRICH S’INSTALLE À DECIZE

La Seconde Guerre mondiale est indirectement à l’origine d’une reconversion de l’ancienne Verrerie de Saint-Léger. Le 30 avril 1942, l’usine Goodrich-Colombes à Colombes est bombardée. Cette usine fabrique depuis une quinzaine d’années des pneumatiques et un certain nombre de produits industriels : des courroies de transmission pour les véhicules et l’industrie ; des tuyaux de grande longueur pour les usages courants ; des bandes transporteuses ; des objets moulés tout caoutchouc ; des radia-coudés (durites) pour les automobiles.
Devant les dégâts provoqués par la bombe, la direction décide de se séparer, à Colombes, du caoutchouc industriel, de façon à retrouver de la place pour les pneumatiques. Un émissaire est alors désigné pour trouver un site de repli : M. Louis NOUVELLE. Une usine de feutre (la chapellerie des Caillots), créée en 1922 par un Américain, M. WARBURTON, et récemment fermée, offre un site qui convient.
La décision est prise très vite et, en juillet 1942, un atelier de mélanges, un atelier de traitement des tissus et un atelier de courroies de transmission démarrent, avec du matériel transféré de Colombes.
Les premiers résultats sont si encourageants que la direction décide de déménager l’atelier des tuyaux de grande longueur (appelés tuyaux sans plomb). Le premier directeur est M. GUERVILLE.
1944 : Un bâtiment est construit et le matériel acheminé. La fabrication démarre. A ce moment, l’effectif de l’usine est de 300 personnes.
1945 : La Société qui s’appelait Goodrich-Colombes prend le nom de Kléber-Colombes, la maison Goodrich ayant cédé une part du capital à un groupe français dont le siège se trouve avenue Kléber, à Paris. L’usine se développe rapidement, dirigée par une équipe embauchée sur place et par quelques éléments de qualité venus de Colombes. Les ateliers occupent environ 11000 mètres carrés.

LA SOCIÉTÉ INDUSTRIELLE ET IMMOBILIÈRE DE DECIZE

Afin de loger ses nouveaux cadres et ouvriers, Kléber-Colombes crée la Société Industrielle et Immobilière de Decize, chargée d’acheter des terrains et de bâtir des logements. M. NOUVELLE, responsable de la S.I.I.D., achète l’ancienne verrerie de Saint Léger et les terrains adjacents.
Le bâtiment principal de la verrerie est consolidé et aménagé pour accueillir diverses activités sportives, médicales et culturelles, ouvertes en priorité aux ouvriers de l’usine Kléber-Colombes et à leurs enfants : gymnase, bureau de médecine du travail, bains-douches (à une époque où la plupart des logements ne disposent pas de salles de bains). Les arbres de Noël et les bals du Comité d’Entreprise Kléber-Colombes auront lieu dans la grande salle.
Les terrains qui s’étendent entre ce bâtiment et la ligne de chemin de fer sont déblayés (8000 mètres cubes de terre et de déchets de verre sont enlevés) et transformés en stade.
La S.I.I.D. achète progressivement d’autres terrains proches de l’ancienne verrerie, où sont bâtis des logements pour les ouvriers et des villas au style résolument d’avant-garde pour les cadres.

L’ENSEMBLE REҪOIT LE NOM DE CENTRE FRESNEAU

VOIR PAGE > CENTRE FRESNEAU

LA RECONVERSION ORIGINALE D’UNE INDUSTRIE DISPARUE

La commune de Saint-Léger-des-Vignes s’est développée tout au long du XIXe siècle autour de la Verrerie, passant de 600 habitants en 1806 à près de 2000 en 1900 ; les ouvriers verriers, comme les mariniers et les ouvriers des plâtreries constituaient avec leurs familles l’essentiel de cette banlieue industrielle de Decize.

Conséquence de la concentration industrielle, la fermeture de la Verrerie a été un drame pour la population, comme on le constate en lisant les réactions des élus locaux dans la presse des années 30. Saint-Léger-des-Vignes aurait pu hériter d’une friche industrielle. Un phénomène inverse, la décentralisation, pendant la Seconde Guerre mondiale, a entraîné l’implantation de Goodrich (Kléber-Colombes) à Decize et la nouvelle vie de la Verrerie : ce n’est pas une reconversion industrielle, mais une reconversion dans deux domaines nouveaux de la vie sociale, le sport et la culture. Le Centre Fresneau est le centre vital de la commune ; les diverses sections sportives comptent près de 800 licenciés qui se recrutent parmi les 2050 habitants de la commune mais aussi à Decize et dans les environs. L’hébergement de groupes de stagiaires est devenu très rentable ces dernières années.

Le Centre Fresneau s’inscrit dans un  »pôle culturel et touristique » qui regroupe aussi le barrage, le canal du Nivernais (plus de 2000 passages de bateaux par an), la vélo-route, le Centre d’Interprétation du Toueur Ampère V et le point de vue sur la Loire, la Promenade des Halles et la ville de Decize.

Bibliographie

Archives Municipales de Saint-Léger :

  • Registres des délibérations municipales
  • Bulletin municipal
  • Dossiers et plans du Centre Fresneau (1946, 1987, 1990)

Archives Départementales de la Nièvre :

  • Marie-Françoise Gribet, L’Activité industrielle dans le Val de Loire entre Digoin et l’agglomération de Nevers, thèse Paris I, 1978
  • Inventaire communal, 1979-1980, microfiche 6 Fi divers 16
  • Verrier à Saint-Léger il y a un siècle, Sud-Nivernais, n°46, 16 août 1991

Espérance Sportive de Saint-Léger-des-Vignes :

  • E.S.L., cinquante ans de sport, brochure réalisée en 1996
  • Documents aimablement communiqués par M. Michel VADROT, président du club Omnisport

Presse nivernaise :

  • Le Journal du Centre, différents articles entre 1914 et 2012
  • Pierre Volut, Un Siècle à Decize et aux environs, DVD-ROM, 2012
  • Dossier de presse DN 280, Médiathèque de Nevers

Sites Internet :

  • stleger.info
  • canaux.bourgognefranchecomte.fr